Ce blog rassemble des informations et des réflexions sur l'avenir qui nous attend.

This blog presents informations and views about the future.

dimanche 11 février 2018

L'avenir du biogaz / The future of biogas


Biogas is often referred to as the gas source of the future. To check such an idea, it is necessary first to wonder about the nature and origin of this biogas. Biogas production worldwide has increased significantly, but with a production of around 30 Mtoe / year (in 2013), it still accounts for less than 1% of global natural gas production. Biogas can be produced first by anaerobic fermentation from organic matter. This production method is the simplest and most economical. The production conditions, however, depend on the source of organic matter. This can be obtained from agricultural or municipal waste. Such an option seems particularly attractive. However, the more diverse the nature of the waste, the more difficult is the production and purification of biogas. In addition, from the amount of recoverable waste it is only possible to produce a limited amount of biogas, much lower than the current energy needs. In France, where biogas is produced from waste, production is only 0.6 Mtoe (2015) whereas the total primary energy consumption is 240 Mtoe. The potential production is greater, but remains limited. It is also possible to produce biogas from farming crops, as is the case in Germany, where biogas is produced mainly from silage corn, which allows production to be around 8 Mtoe (2015). Such an option has the obvious disadvantage of consuming agricultural land and being in competition with the production of biomass for food use. The energy of food-use biomass is about 5% of the total amount of energy consumed. This shows that producing energy from biomass is impacting very quickly the supply of food resources. The energy available from waste is also limited. A human being produces around 1 kg per day of all kinds of waste which is equivalent to less than 0.1 toe per year. It is also possible to produce synthetic biogas by gasifying solid biomass and converting the synthesis gas thus produced into synthetic methane. Technologies exist, but the process is expensive and yields are limited. In addition, the massive use of lignocellulosic biomass poses problems of availability and could even induce deforestation if the demand rises too much. In addition the direct use of biomass in a fireplace is much simpler than such a conversion to synthetic methane. Synthetic methane can also be produced from hydrogen and CO2. This option is expensive and requires available CO2. If captured from flue gas, CO2 is further released into the atmosphere  and the benefits in terms of carbon footprint are debatable. Producing biogas by fermentation is certainly a good idea when organic waste is available. However, there is no quick fix to multiply by 10 or 100 a biogas production that is limited by the availability of biomass.

Il est souvent question du biogaz comme de la source de gaz du futur. Pour savoir ce qu'il en est, il faut d'abord s'interroger sur la nature et l'origine de ce biogaz. La production de biogaz dans le monde a sensiblement progressé mais avec une production d'environ 30 M tep/an (en 2013), elle représente moins de 1% de la production mondiale de gaz naturel.
Le biogaz peut être produit tout d'abord par fermentation anaérobie à partir de matière organique.  Cette méthode de production est la plus simple et la plus économique. Les conditions de production dépendent toutefois de la source de matière organique. Celle-ci peut être obtenue à partir de déchets agricoles ou encore de déchets municipaux. Cette perspective est particulièrement séduisante. Toutefois, plus la nature des déchets est diverse, plus la production de biogaz se heurte à des difficultés de production et d'épuration. En outre, la quantité de déchets récupérables ne permet de produire qu'une quantité limitée de biogaz, beaucoup plus faible que les besoins en énergie actuels.  En France, où le biogaz est produit à partir de déchets, la production n'est que de 0,6 M tep (2015), pour une consommation totale d'énergie primaire de 240 M tep. La production potentielle est plus importante, mais reste limitée. Il est également possible de partir de cultures agricoles, comme cela est pratiqué en Allemagne où le biogaz est produit principalement à partir de maïs ensilé, ce qui permet d'atteindre une production de l'ordre de 8 M tep (2015). Une telle option présente l'inconvénient manifeste d'entrer potentiellement en compétition avec la production de biomasse à usage alimentaire et de consommer de la surface agricole. L'énergie que représente la biomasse d'usage alimentaire correspond à environ 5% de la quantité totale d'énergie consommée. Cela montre que vouloir produire l'énergie à partir de biomasse peut conduire très rapidement à de graves difficultés concernant les approvisionnements en ressources alimentaires. L'énergie disponible à partir de déchets est aussi limitée. Un être humain dans le monde produit environ 1 kg par jour de déchets de toutes sortes qui représentent une énergie inférieure à 0,1 tep par an.
Il est également possible de produire du biogaz de synthèse, en gazéifiant une biomasse solide et en transformant le gaz de synthèse ainsi produit en méthane de synthèse. Les technologies existent, mais le procédé est coûteux et les rendements limités. En outre, l'utilisation massive de biomasse lignocellulosique pose des problèmes de disponibilité et pourrait même favoriser la déforestation si la demande devient trop importante. En outre l'utilisation directe de la biomasse dans un foyer est beaucoup plus simple qu'une telle conversion en méthane de synthèse.
Du méthane de synthèse peut être également produit à partir d'hydrogène et de CO2. Cette option est coûteuse, conduit à une perte de rendement et nécessite de disposer de CO2. Si celui-ci est capté sur des gaz de combustion, le CO2 ainsi capté est relâché dans l'atmosphère au moment de la combustion du méthane et les avantages en termes de bilan carbone sont discutables.
Produire du biogaz par fermentation est donc une bonne idée si l'on dispose de déchets organiques. Il n'existe pas toutefois de solution miracle pour multiplier par 10 ou 100 une production de biogaz qui reste limitée par la disponibilité de biomasse.

samedi 3 février 2018

Hyperobjets / Hyperobjects


The philosopher Timothy Morton introduced the concept of "hyperobjects". Hyperobjects are entities that are at a scale of space and time so vast that they become difficult to apprehend for the human brain. Obviously cosmic objects such as galaxies or just black holes are part of it. Geological phenomena that occur over millions of years are also included. Timothy Morton describes them with a set of very expressive and pictorial terms. They would be viscous and sticky, thus opposing any attempt at deformation, undulating in space and time, because of their extension prevents from describing them in a Cartesian space, nonlocal and organized as interdependent networks. According to Timothy Morton, the concept of hyperobject is essential to apprehend ecological phenomena. Thus global warming is a hyperobject. Designing hyper-objects transforms our view of the world and according to Timothy Morton, postmodern art that has abandoned the classical subject-object relationship has entered the era of hyperobjects, which encompasses the viewer, rather than being stared at by him. In this sense, these new conceptions of art oriented towards hyper-objects would be the first manifestations of a truly ecological art, insofar as the spectator is only a component of the work of art, just like the human being is only a component of the natural ecosystem. Surprisingly enough, Timothy Morton makes little difference between the natural hyperobjects that have been present since the dawn of time and the hyperobjects that result from human intervention. In fact, we can easily see that globalization has produced a multitude of hyperobjects. All the planetary phenomena related to the impact of human activities that led to speak of the new era of the Anthropocene, including global warming, are part of it. Internet, energy networks and financial networks are also hyperobjects. As these hyperobjects are very difficult to conceive even for the trained brain of an expert, one can wonder if humanity will be able to control them. They impose a heavy and diffuse threat, which generates a thought of the end of the world. As Timothy Morton points out, the difficulty of mastering them breeds weakness and hypocrisy. What is happening in the field of the environment, and the difficulty of reaching a solution in the field of global warming is not reassuring.

Le philosophe Timothy Morton a introduit le concept "d'hyperobjets". Les hyperobjets sont des entités qui se situent à une échelle d'espace et de temps tellement vaste, qu'ils deviennent difficiles à appréhender pour le cerveau humains. Manifestement les objets cosmiques tels que les galaxies ou simplement les trous noirs en font partie. Les phénomènes géologiques qui se déroulent à l'échelle de millions d'années en font également partie. Timothy Morton les décrit par un ensemble de termes très expressifs et imagés. Ils seraient visqueux et gluants, s'opposant ainsi à toute tentative de déformation, seraient ondulants dans l'espace et le temps, du fait que leur extension empêche de les décrire dans un espace cartésien, "non locaux" et organisés en réseaux interdépendants. Selon Timothy Morton, le concept d’hyperobjet est essentiel pour appréhender les phénomènes écologiques. Ainsi le réchauffement climatique constitue un hyperobjet. Concevoir des hyperobjets transforme notre vision du monde et selon Timothy Morton, l'art postmoderne qui a abandonné la relation classique sujet/objet est entré dans l'ère des hyperobjets, qui englobent le spectateur, inversant la relation d'un spectateur qui les dévisage. En ce sens, ces nouvelles conceptions de l'art orientées vers des hyperobjets seraient les premières manifestations d'un art véritablement écologique, dont le spectateur n'est plus qu'une composante, au même titre que l'être humain n'est plus qu'une composante de l'écosystème naturel. 
De manière un peu surprenante, Timothy Morton fait assez peu la différence entre les hyperobjets naturels présents depuis la nuit des temps et les hyperobjets qui résultent de l'intervention humaine. En fait, on peut constater facilement que la globalisation a fabriqué une multitude d’hyperobjets.  Tous les phénomènes planétaires liés à l'impact des activités humaines qui ont conduit à parler d'une ère de l'anthropocène, parmi lesquels le réchauffement climatique, en font partie. Internet, les réseaux énergétiques et les réseaux financiers sont également des hyperobjets. Comme ces hyperobjets sont très difficiles à concevoir même pour le cerveau entraîné d'un expert, on peut se demander si ces hyper-objets et leur impact potentiel vont pouvoir être maîtrisés. Ils font peser sur l'humanité une menace, lourde et diffuse, qui génère une pensée de fin du monde. Comme l'indique Timothy Morton, la difficulté de les maîtriser engendre faiblesse et hypocrisie. Ce qui se passe dans le domaine de l'environnement, et la difficulté de parvenir à une solution dans le domaine du réchauffement climatique  n'est pas rassurant.

samedi 27 janvier 2018

Où nous mène l'ubérisation de la société? / Where does the uberisation of society take us?


Robotization is not a new phenomenon. Already in the twentieth century, most production lines were largely automated, to improve productivity and reduce costs. The automotive industry has long used sophisticated robots to assemble vehicles. What is really new is the possibility of having intelligent robots, thanks to digital technologies. This development has positive aspects, such as being able to entrust the most difficult tasks to machines, leaving human beings to simply enjoy their leisure. It also has more worrying implications. A first of these consequences is the consumption of resources: metals or rare earths needed to build robots and energy to set them in motion. A second consequence is the loss of jobs, which no longer concerns only manual jobs, but also jobs that until now were considered intellectual. In the future, "smart" robots will be able to replace human workers in most activities. This new revolution inevitably raises the question of employment in the years to come. Some people already imagine the "end of work". The loss of paid employment would then be offset by the introduction of a basic universal income, guaranteed to all. This idea, which meets with great success, will be tested in Finland, in a difficult economic situation. Despite its appealing aspects, such a device may however further increase the inequalities between those who have responsibilities and those who are in a position of assisted. In addition to the resulting job losses, replacing human workers with robots risks dehumanizing the social milieu and impoverishing the collective imagination. Since the industrial revolution, the machine has imposed its rhythm, in pursuit of a continual increase in productivity. Bernard Stiegler mentioned in his book the "Automatic society", which is also the society of hypercontrol. The widespread smart features that we are promised with smart cities, smart grids or smart phones might result in a culmination of the control society announced by Michel Foucault. Faced with this evolution, Bernard Stiegler advocates resistance, in order to de-automate society by a massive redistribution of time to dream. By his intelligence, the human being kept the hope of disengaging himself from the mechanical power. Confronted with a system able to spy on him and anticipate his reactions, he is weakened and unable to react. In a world populated with intelligent objects, supposed to help him, but whose operation escapes him, he becomes dependent on machines that surpass him, not only on the physical plane, but also, more and more often, in areas that appeal to intelligence. The very rapid progress of artificial intelligence comes before humanity has had time to adapt accordingly. Relationships between humans and machines may change profoundly. The human being thought to dominate the machine, but the situation seems to be reversed today. Faced with a robot, the human being is obliged to follow the procedure imposed on him, without possible derogation. From now on, in a number of situations the human being is forced to follow the instructions of the machine, which becomes his boss. The driver of an Uber car receives his instructions from the digital platform on which he is connected and which transmits its orders. It is the precarious human being who becomes the basic tool of the system, cut and fit to thank, while the machine manages its activities. This model is very successful and perhaps foreshadows what will become widespread in the coming World. One could thus imagine a world dominated by machines, serving a small oligarchy, assisted by a class of experts responsible for ensuring the proper functioning of machines, while the vast majority of the population would be reduced to the level of precarious workers, renamed "entrepreneurs".In a world populated with computers, connected objects and robots, everyone's freedom may be compromised. The room for maneuver and negotiation opportunities that applied to human relations will be difficult to preserve. The human being, formatted by his interactions with machines, will have to adopt an algorithmic way of thinking, which will inevitably favor the development of the brain functions best adapted to the dialogue with the machines. Such conditioning of the human brain can only impoverish the capacities of intuition, imagination and creation. By becoming binary, thought will exclude dreams and poetry, as well as feelings of empathy, solidarity or compassion. It will be integrated into a vast cybernetic system, which deprives it of freedom. Dictatorship by the machine is particularly formidable, because the machine is not open to any feeling.

La robotisation n’est pas un phénomène nouveau. Déjà au XXe siècle, la plupart des chaînes de fabrication étaient largement automatisées, pour améliorer la productivité et réduire les coûts. L’industrie automobile utilise depuis longtemps des robots élaborés pour assembler les véhicules. Ce qui est vraiment nouveau, c’est la possibilité de disposer de robots intelligents, grâce aux technologiques numériques. Cette évolution comporte des aspects positifs, comme celui de pouvoir confier les tâches les plus pénibles à des machines, laissant les êtres humains profiter simplement de leurs loisirs. Elle a également des implications plus préoccupantes. Une première de ces conséquences est la consommation de ressources : métaux ou terres rares nécessaires pour construire les robots et énergie pour les mettre en mouvement. Une seconde conséquence est la perte d’emplois, qui ne concerne plus seulement des emplois manuels, mais aussi des emplois qui jusqu’à présent étaient considérés comme intellectuels. Dans l’avenir, des robots « intelligents » seront capables de remplacer les travailleurs humains dans la plupart des activités. Cette nouvelle révolution pose inévitablement la question de l’emploi dans les années à venir. Certains imaginent déjà la « fin du travail ». La perte de l’emploi salarié serait alors compensée par l’instauration d’un revenu universel de base, garanti à tous. Cette idée, qui rencontre un large succès, va être expérimentée en Finlande, dans une conjoncture économique difficile. Malgré ses aspects séduisants, un tel dispositif risque toutefois d’accroître encore les inégalités entre ceux qui disposent de responsabilités et ceux qui se trouvent en position d’assistés.  
Outre la perte d’emplois qui en résulte, le remplacement des travailleurs humains par des robots risque de déshumaniser le milieu social et d’appauvrir l’imaginaire collectif. Depuis la  révolution industrielle, la machine impose son rythme, à la poursuite d’un accroissement continuel de la productivité. Bernard Stiegler a évoqué dans son ouvrage "La société automatique", qui est aussi la société de l’hypercontrôle. La smartification généralisée que l’on nous promet avec les smart cities, les smart grids ou les smart phones est en fait l’aboutissement de la société du contrôle qu’annonçait Michel Foucault. Face à cette évolution, Bernard Stiegler préconise la résistance, afin de désautomatiser la société par une redistribution massive du temps de rêverPar son intelligence, l’être humain gardait l’espoir de se dégager de la puissance mécanique. Confronté à un système capable de l’épier et d’anticiper ses réactions, il se trouve fragilisé et incapable de réagir. Au sein d’un monde peuplé d’objets intelligents, censés l’aider, mais dont le fonctionnement lui échappe, il devient dépendant de machines qui le surpassent, non seulement sur le plan physique, mais aussi, de plus en plus souvent, dans des domaines qui font appel à l’intelligence. La progression très rapide de l’intelligence artificielle intervient avant que l’humanité n’ait eu le temps de s’adapter en conséquence. Les relations entre les êtres humains et les machines risquent d’évoluer profondément. L’être humain pensait dominer la machine, mais la situation semble s’inverser aujourd’hui. Confronté à un robot, l’être humain est obligé de suivre la procédure qui lui est imposée, sans dérogation possible.  
Dès présent, dans un certain nombre  de situations l’être humain est contraint de suivre les instructions de la machine, qui devient son patron. Ainsi par exemple, le chauffeur Uber reçoit ses instructions de la plateforme numérique sur laquelle il est branché et qui lui transmet ses ordres. C’est l’être humain précarisé qui devient l’outil de base du système, taillable et corvéable à merci, tandis que la machine gère ses activités. Ce modèle rencontre beaucoup de succès et préfigure peut-être ce qui va se généraliser dans le Monde qui vientOn pourrait ainsi imaginer un monde dominé par les machines, au service d’une petite oligarchie, assistée par une classe d’experts chargés d’assurer le bon fonctionnement des machines, tandis que l’immense majorité de la population serait ramenée au niveau de travailleurs précaires, rebaptisés « entrepreneurs ».Dans un monde peuplé d’ordinateurs, d’objets connectés et de robots, la liberté de chacun risque d’être compromise. Les marges de manœuvre et les possibilités de négociation, qui s’appliquaient aux relations humaines, seront difficiles à préserver. L’être humain, formaté par ses interactions avec des machines, devra adopter un mode de pensée algorithmique, ce qui va inévitablement favoriser le développement des fonctions cérébrales les mieux adaptées au dialogue avec les machines. Un tel conditionnement du cerveau humain ne peut qu’appauvrir les capacités d’intuition, d’imagination et de création. En devenant binaire, la pensée va exclure le rêve et la poésie, ainsi que les sentiments d’empathie, de solidarité ou de compassion. Elle sera intégrée dans un vaste système cybernétique, qui la prive de liberté. La dictature par la machine est particulièrement redoutable, car la machine n'est ouverte à aucun sentiment.

jeudi 18 janvier 2018

Le monde qui vient / The coming world

Since the publication of "The future at stake in 2011, the threats to the world have only become heavier: global warming, depletion of resources, rising inequalities, risks of nuclear conflict. We must therefore begin by trying to better understand the reasons for this aggravation, which is largely related to the conditions in which neoliberal globalization has developed in the world. It is not a question of pouring into catastrophism. If the end of our current world, subject to a deregulated market, seems inevitable, concrete alternatives are available, provided we react now and find values ​​that can rebuild a "living together". Such an approach involves the establishment of fairer economic exchanges that do not favor the race for profits, the re-founding of a true democracy and the reconquest of spaces of solidarity favoring exchange. It involves a radical renewal of mentalities and modes of arbitration, to give meaning to collective action. The future is not yet written and many different futures are possible. The continuation of the current model could lead to an ecological collapse or an oppressive post-democracy. We must bet that humanity will change course, to overcome the many challenges it faces. While highlighting the current stalemate, this new book presents concrete proposals to find a way out. A world is dying, but which world will be born? The answer to this question depends on each one of us.

Depuis la publication de « L’avenir en question » en 2011, les menaces qui pèsent sur le monde n’ont fait que s’alourdir : réchauffement climatique, épuisement des ressources, montée des inégalités, risques de conflit nucléaire. Les raisons de cette aggravation sont largement liées aux conditions dans lesquelles la globalisation néolibérale s’est développée dans le monde.
Il ne s'agit pas pour autant de verser dans le catastrophisme. Si la fin de notre monde actuel, soumis à un marché dérégulé, paraît inéluctable, des alternatives concrètes sont disponibles, à condition  de réagir dès à présent et de retrouver des valeurs qui puissent reconstruire un « vivre ensemble ».
Une telle démarche passe par la mise en place d’échanges économiques plus justes ne privilégiant pas la course aux profits, la refondation d’une vraie démocratie et la reconquête d’espaces de solidarité favorisant l’échange. Elle implique un renouveau en profondeur des mentalités et des modes d’arbitrage, pour redonner un sens à l’action collective.
À l’heure actuelle, l’avenir n’est pas écrit et plusieurs futurs demeurent possibles. La poursuite du modèle actuel pourrait déboucher sur un effondrement écologique ou une post-démocratie oppressive. Il faut faire le pari que l’humanité saura changer de cap, pour surmonter les multiples défis auxquels elle est confrontée.
Tout en mettant en évidence l’impasse actuelle, l’ouvrage présente ainsi des propositions concrètes pour retrouver une issue. Un monde meurt, mais quel monde va naître ? La réponse à cette question dépend de chacun d’entre nous.

samedi 13 janvier 2018

Les nouvelles communautés / New communities


The sharing economy, open innovation and network organization, which are spreading today, prefigure a society that relies on cooperation rather than competition. The vigor of the associative movements and the number of communities present in the world testify to the need to establish a closer social link. Increasingly contested, consumerist individualism continues to dominate society. Increased inequality, combined with the rise of neoliberalism, is driving a class of super-rich to luxury with excess. However, the need for human warmth and collective solidarity is leading an increasing proportion of the population to reject such selfish individualism. Anonymous metropolises tend to substitute smaller urban structures, better adapted to neighborhood relations. The large ensembles but also the dispersed individual habitat are not conducive to human contacts. Groupings of dwellings on a human scale are gradually replacing these two types of habitat, dominant in the past. They allow to find the atmosphere of a village, whose inhabitants know each other and are ready to help each other. The desire to re-establish social bonds is also manifested through the enthusiasm that drives many associations or organizations. Communities of practice gather around a common passion, be it music, computers (hackers) or 3D printing (makers). Communities of life, with sharing of goods in common, are formed around a shared ideal. They organize themselves in alternative villages, to implement the principles of responsible consumption, happy sobriety and autonomy. Many ecovillages, grouped into various associations, have been created on all continents. One of the oldest, Findhorn, founded in the 1960s, is located in a particularly inspiring setting, north of Scotland. The community it shelters is inspired by the ideas of ecology and the New Age. She cultivates flowers and vegetables, practices a lifestyle that respects the environment and welcomes many visitors to deliver their teaching. Contemporary "tribes" gather around rallying signs, which serve as rallying totems. The members of each tribe share the same lifestyles as well as the same dress codes or musical tastes. They like to meet, on the occasion of fairs or festive events, to live common passions. Each year, thousands of participants meet in the Arizona Black Rock desert, at the time of the summer solstice, for the great meeting of Burning man, during which is burned a giant wooden effigy. This meeting allows everyone to express their creativity, competing with imagination and fantasy in the presentation of their projects or inventions.Other groups focus on political causes. This is particularly the case of anarchist and "autonomous" groups, who made themselves known in France by the actions against the airport project at Notre-Dame-des-Landes or the Sievens dam. The communities of life that they created in order to continue a prolonged resistance, led them to experiment with new ways of life and organization, among which different types of ecological habitat, the pooling of various equipments such as tools or bicycles as well as the collective production of fruits and vegetables. The various communities that are being built everywhere, in Europe and in the world, remain marginal. They are organized around  ideas, which may be sometimes questionable. They nonetheless constitute laboratories of practices and ideas, which in the long term could transform society in depth.

L’économie du partage, l’innovation ouverte et l’organisation en réseau, qui se répandent actuellement, préfigurent une société misant sur la coopération plutôt que la compétition. La vigueur des mouvements associatifs et le nombre de communautés présentes dans le monde témoignent du besoin d’établir un lien social plus étroit. De plus en plus contesté, l’individualisme consumériste continue néanmoins à dominer la société. L’accroissement des inégalités, associé à l'essor du néolibéralisme, incite une classe de super-riches à pratiquer le luxe avec démesure. Toutefois, le besoin de chaleur humaine et de solidarité collective conduit une part croissante de la population à rejeter un tel individualisme purement égoïste. Aux métropoles anonymes tendent à se substituer des structures urbaines plus petites, mieux adaptées aux relations de voisinage. Les grands ensembles mais aussi l’habitat individuel dispersé sont peu propices aux contacts humains. Des regroupements d’habitations à échelle humaine remplacent progressivement ces deux types d’habitat, dominants dans le passé. Ils permettent de retrouver l’ambiance d’un village, dont les habitants se connaissent et sont prêts à s’entraider.
La volonté de retisser des liens sociaux se manifeste également à travers l’enthousiasme qui anime de multiples associations ou organisations. Des communautés de pratique se rassemblent autour d’une passion commune, que ce soit la musique, l’informatique (hackers) ou l’impression 3D (makers). Des communautés de vie, avec partage de biens en commun, se constituent autour d’un idéal partagé. Elles s’organisent en villages alternatifs, pour mettre en œuvre les principes de la consommation responsable, de la sobriété heureuse et de l’autonomie. De nombreux écovillages, regroupés en diverses associations, ont été créés  sur tous les continents. L’un des plus anciens, celui de Findhorn, fondé dans les années 1960, est situé dans un cadre particulièrement inspirant, au nord de l’Écosse. La communauté qu’il abrite s’inspire des idées de l’écologie et du New Age. Elle cultive fleurs et légumes, pratique un mode de vie conforme au respect de l’environnement et accueille de nombreux visiteurs, pour leur délivrer son enseignement.
Les « tribus » contemporaines se réunissent autour de signes de ralliement, qui leur servent de totems de rassemblement. Les membres de chaque tribu partagent les mêmes modes de vie ainsi que  les mêmes codes vestimentaires ou goûts musicaux. Ils aiment se retrouver, à l’occasion de foires ou d’événements festifs, pour vivre des passions communes. Chaque année, des milliers de participants se donnent rendez-vous dans le désert Black Rock de l’Arizona, au moment du solstice d’été, pour la grande rencontre de Burning man, au cours de laquelle est brûlée une effigie géante en bois. Ce rendez-vous permet à chacun d’exprimer sa créativité, en rivalisant d’imagination et de fantaisie dans la présentation de ses projets ou de ses inventions.
D’autres groupes s’attachent à des causes politiques. C’est le cas en particulier des anarchistes et « autonomes », qui se sont fait connaître en France par les actions menées contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ou le barrage de Sievens. Les communautés de vie qu’ils ont créées afin de poursuivre une résistance prolongée, les ont conduits à expérimenter de nouveaux modes de vie et d’organisation, parmi lesquels différents types d’habitat écologique, la mise en commun d’équipements tels qu’outils ou vélos ainsi que la production collective de fruits et légumes.
Les diverses communautés qui se construisent un peu partout, en Europe et dans le monde, demeurent marginales. Elles sont  organisées autour d'idées parfois contestables. Elles constituent néanmoins des laboratoires de pratiques et d'idées, qui à terme pourraient contribuer à transformer la société en profondeur.

dimanche 7 janvier 2018

Effondrement / collapse


Two opposing visions of the future currently coexist. While one presents a future brightened by an unlimited technological progress, the other predicts an inevitable collapse on the horizon as society becomes unable to adapt to its environment. As early as the 1970s, a collapse by depletion of natural resources was considered in the Meadows Report. More recently, American biologist Jared Diamond has linked the collapse of various past civilizations, represented in particular by the ancient Mayas in Mexico, the Vikings living in Greenland or the inhabitants of Easter Island, to a lack of adaptation to a critical change in their environment. The current globalized society could suffer the same fate, if it fails to overcome the environmental challenges it faces, including the major challenge of global warming. The theme of collapse sparked a whole current of thought, sometimes referred to as collapsology, a new science of a predictable collapse. It is usually the ecological causes of a collapse that are retained and analyzed. However, other causes could also cause a catastrophic end. One of those who has addressed the issue, Dmitry Orlov, distinguishes five stages of collapse: financial, commercial, political, social and cultural. According to this American author born in Russia, a collapse similar to that experienced by the USSR could occur in the United States, due to an inadequate economic policy in the context of the decline of oil resources. A collapse could also occur as a result of a major global conflict, resulting in a sharp worsening of international geopolitical tensions. The current model of neoliberal globalization has proved its effectiveness in terms of technical progress and economic growth. On the other hand, as each one is supposed to act according to his own personal interest, the resulting lack of solidarity and social cohesion leads to a multiplication of conflicts and, eventually, to a dislocation of society. By encouraging more and more goods to be consumed, this model is, moreover, incompatible with sound management of issues of general interest, whether it is the preservation of the environment or the reduction of social inequalities. Under these conditions, a continuation of globalization in its current form most probably leads to an ecological and social collapse in the medium or long term. In fact, it is precisely an excessive optimism about the possibilities of technology, which risks leading to collapse. Technology opens up vast opportunities, but it is blind and can lead to the best, as to the worst. Only a large-scale cultural transformation as a result of collective awareness can prevent us from embarking on the path of collapse.

Deux visions opposées de l'avenir coexistent actuellement. Tandis que l'une envisage un avenir radieux éclairé par les promesses d'un progrès illimité de la technologie, l'autre prédit un effondrement inévitable, la société devenant incapable de s’adapter à son environnement. Dès les années 1970, un effondrement par épuisement des ressources naturelles a été envisagé dans le rapport Meadows. Plus récemment, le biologiste américain Jared Diamond a relié l’effondrement de différentes civilisations passées, représentées notamment par les anciens Mayas au Mexique, les Vikings installés au Groenland ou encore les habitants de l’île de Pâques, à un manque d’adaptation vis-à-vis d’un changement critique de leur environnement. La société globalisée actuelle pourrait connaitre le même sort, si elle ne parvient pas à surmonter les défis environnementaux auxquels elle est confrontée et notamment le défi majeur du réchauffement climatique.  
Le thème de l’effondrement a ainsi suscité tout un courant de pensée, parfois qualifié de collapsologie, en tant que science d'un effondrement prévisible. Ce sont en général les causes écologiques d’un effondrement qui sont retenues et analysées. Toutefois, d’autres causes pourraient également provoquer une fin catastrophique de la civilisation actuelle. L’un de ceux qui se sont penchés sur la question, Dmitry Orlov, distingue cinq stades d’effondrement: financier, commercial, politique, social et culturel. Selon cet auteur américain né en Russie, un effondrement semblable à celui qu’a connu l’URSS pourrait intervenir aux États-Unis, en raison d’une politique économique inadéquate dans le contexte du déclin des ressources pétrolières. Un effondrement pourrait également survenir à la suite d’un conflit mondial de grande ampleur, entraîné par une aggravation brutale des tensions géopolitiques internationales.
Le modèle actuel de la globalisation néolibérale a fait la preuve de son efficacité en termes de progrès technique et de croissance économique. Par contre, chacun étant supposé agir en fonction de son seul intérêt personnel, le manque de solidarité et de cohésion sociale qui en résulte mène à une multiplication des conflits et, à terme, à une dislocation de la société. En incitant à consommer toujours plus de biens, ce modèle est, en outre, incompatible avec une saine gestion des questions relevant de l’intérêt général, que ce soit la préservation de l’environnement ou la réduction des inégalités sociales. 
En fait, c'est précisément un optimisme excessif par rapport aux possibilités de la technologie, qui risque de conduire à l'effondrement. La technologie ouvre de vastes opportunités, mais elle est aveugle. Elle peut conduire au meilleur, comme au pire. Seule une transformation culturelle de grande ampleur résultant d'une prise de conscience collective peut nous éviter de nous engager dans la voie de l'effondrement.[

lundi 1 janvier 2018

High tech ou low tech / High tech or low tech


Technology always promises more: abundance of goods, humanity augmented by human-machine coupling, artificial intelligence, discovery of new worlds, prolonged life. The counterpart of these promises is the need to resort to ever more resources. Some of these resources can be renewable (water, biomass), but a very large part of them requires a renewal period that goes far beyond human life. In addition, the abundance of elements present in the earth's crust is very variable, from less than 1 ppb to several tens of %. High tech technologies require the use of more and more rare metals, involving the consumption of ever more energy. This energy production in turn requires ever more raw materials. The use of rare metals (platinum, neodymium, tantalum, ruthenium, indium, cobalt ...) in new high tech technologies (flat screens, hard disks, LEDs, batteries, solar PV, wind power, high-performance engines ...) is driving growth. fast of the request. Many uses of rare metals are dispersive (inks, pigments, cosmetics, nanotechnologies), making recycling problematic. This runaway resource consumption makes the economic system unsustainable, even when it claims to provide "green growth".To remedy this situation, it might be preferable to replace high-tech technologies with "low tech" technologies, which involve questioning superfluous needs, designing truly sustainable products and reviewing production methods. These technologies do not require scarce resources and are designed for an extensive recycling of  materials. They do not display technical feats, but aim at robustness and longevity. They are not the monopoly of a few, but are accessible to the greatest number. They are meaningful because they care about nature and the human being. The aim of frugal innovation is to design such simple and durable objects. In order to use only a minimum of resources, it uses recycling and exploits the by-products of agriculture or industry, so as to limit the discharge of waste. The equipment is designed to be more easily repairable and recyclable. Instead of forming a compact block, difficult to repair and recycle, they include modules that can be repaired or exchanged, without the need to change the whole. Such forms of innovation are already practiced to meet the needs of developing countries. Judaad innovation, whose name derives from a Hindi term meaning both ingenuity and resourcefulness, is designed to make the best use of all locally available resources, including recycled waste, by designing products and services. equipment adapted for such materials. It is now practiced throughout the world. More generally, it is about changing the current system towards more resilience, by agreeing to revise the design of technological products, ensuring that they are repairable do not require scarce resources and use components which can be easily recycled. Potential options need to be analyzed in depth to avoid unrealistic propositions such as those that Jeremy Rifkin expounds in his book on the "Third Industrial Revolution", to eliminate expensive gadgets and to focus on all solutions that represent real progress, rather than wanting to impose innovation at all costs.

La technologie promet toujours plus: abondance de biens, humanité augmentée par couplage homme-machine, intelligence artificielle, découverte de mondes nouveaux, vie prolongée. La contrepartie de ces promesses est la nécessité de recourir à toujours plus de ressources. Une partie de ces ressources peut être renouvelable (eau, biomasse), mais une très grande part d’entre elles nécessite une durée de renouvellement dépassant très largement la vie humaine. En outre, l’abondance des éléments présents dans la croûte terrestre est très variable, de moins de 1 ppb à plusieurs dizaines de %. Les technologies high tech nécessitent le recours à des métaux de plus en plus rares, ce qui implique la consommation de toujours plus d’énergie. Cette production d’énergie requiert à son tour toujours plus de matières premières. L’utilisation des métaux rares (platine, néodyme, tantale, ruthénium, indium, cobalt-…) dans les nouvelles technologies high tech (écrans plats, disques durs, LED, batteries, solaire PV, éolien, moteurs performants…) entraîne une croissance rapide de la demande. De nombreux usages des métaux rares sont dispersifs (encres, pigments, cosmétiques, nanotechnologies), rendant le recyclage problématique. Cet emballement de la consommation de ressources rend le système économique non durable, y compris lorsqu’il prétend assurer une « croissance verte ». Pour remédier à cette situation, il est préférable de substituer aux technologies high-tech,  des technologies « low tech », consistant à remettre en cause les besoins superflus, à concevoir des produits réellement durables et à revoir les modes de production. Ces technologies ne nécessitent pas de ressources rares et pratiquent un recyclage poussé des matériaux en fin de vie.