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mercredi 11 mars 2015

La société des écrans / The society of screens


Numerical technologies connect presently practically all the inhabitants of the planet. At each moment, it has become feasible to keep informed about what happens in any place of the world. Jeremy Rifkin considers that it is the sign that we are entering in a new era, "the civilization of empathy". According to Jeremy Rifkin, by connecting most people of the planet, Internet facilitates the development of an empathic relationship between all of them. One of the consequences he foresees, is the development of what he calls a distributed capitalism, and the growing use of "peer to peer" transactions.
   Although such an evolution is highly desirable, it is not obvious that we are really moving that way. The main consequence of Internet has been the development of financial activities at a global scale, which are operated in a way which has nothing to do with empathy. We are creating a society of screens, through which most transactions are operated now. Such a situation extends even to areas such as war, blurring the distinction between  videogames and reality, in a most disturbin way. Furthermore screen pictures can be manipulated, giving a wrong perception of reality. As shown by the italian linguist Raffaele Simone, Internet culture is based upon direct and most often emotional emotions, rather upon rational thinking. Since, the concept of empathy is somewhat dangerous as hatred is its counterpart. Still, the overall picture is more complex as the Internet helps also to gather a diversity of viewpoints and appears as the main area of freedom.

Les technologies numériques relient à présent pratiquement l’ensemble des habitants de la planète. à chaque instant, il est possible de s’informer sur tout ce qui se passe dans le monde. Il est également devenu beaucoup plus facile de voyager et de rejoindre n’importe quelle autre région. Les différences dans les modes de vie tendent à s’estomper. Les mêmes produits et les mêmes marques sont utilisés partout. Jeremy Rifkin n’hésite pas à voir dans cette évolution l’avènement d’une « civilisation de l’empathie ».   
   D’après Jeremy Rifkin, en connectant chaque personne à une très large collectivité, l’Internet favorise le développement des relations empathiques entre l’ensemble des habitants de la Terre. Cette évolution conduirait également, selon lui,  à une nouvelle forme de capitalisme, qu’il qualifie de « capitalisme distribué ». Celui-ci verrait le triomphe des transactions « peer to peer » entre individus, favorisant un développement du lien social.
   Une telle évolution est sans doute souhaitable et même envisageable dans l’avenir. Toutefois, elle ne correspond pas à la situation que l’on observe actuellement. Ce sont les institutions financières les plus importantes, qui disposent des moyens informatiques les plus performants. Elles sont ainsi en mesure d’imposer leur pouvoir au reste de la population. En outre, la culture et même la spiritualité ont été largement mercantilisées. Les médias se sont mis au service d’une culture « mainstream » mondialisée, capable de drainer les plus larges audiences, aux dépens d’une recherche de nouvelles sources d’inspiration.
   L’impact présent et futur de l’Internet sur le développement d’une relation empathique ainsi que sur le rapprochement entre individus et nations demeure, bien entendu, une question centrale. Un certain nombre de ses effets peuvent être jugés positifs. L’Internet facilite l’établissement de nouveaux liens sociaux et aide à faire connaître les idées et les opinions de chacun.Toutefois, les moyens que l’Internet met en principe au service du lien social soulèvent de nombreuses questions. Ainsi, les espoirs qu’a suscités la contribution des réseaux sociaux à l’expression de la démocratie, ont été largement déçus. En outre, l’exploitation des données privées par les compagnies gérant les réseaux sociaux leur confère un pouvoir que l’on peut juger exorbitant[2].
   Les technologies numériques ont créé une société des écrans, dans laquelle les écrans servent d'intermédiaires dans la plupart des échanges, en se substituant au contact direct. Malgré les succès des réseaux sociaux, les conséquences observées ont été plutôt à l’opposé de la vision optimiste d’une « civilisation de l’empathie ». La multiplication des échanges à distance, par écrans interposés, a abouti, bien souvent à un accroissement du sentiment de solitude. La société des écrans ne vit pas les événements réels, mais uniquement leurs traces sur des écrans multiples. Dans la plupart des cas, la relation qui s’établit par écran interposé exclut toute possibilité de réaction empathique.
   Le monde de la finance en est la plus claire illustration. Quand un trader voit défiler sur sa console des milliers de titres, les décisions qu’il prend ne tiennent compte, en aucune façon, des situations et des personnes qui font partie des sociétés concernées. Sa seule préoccupation est de réaliser le meilleur score possible, sur la base du profit enregistré. Il n’a pas d’autre choix. D’ailleurs, de plus en plus souvent, il est remplacé par des ordinateurs qui effectuent ces choix à sa place et sont capables de réaliser des opérations de vente ou d’achat en une microseconde.
   De la même façon, .la guerre numérique est menée sur des écrans. Elle établit entre celui qui déclenche le tir et celui qui en est la cible, une distance incompatible avec une réaction empathique. Pour celui qui commande un drone, la personne à supprimer n’est qu’un objectif. En outre, la différence entre le monde réel et le monde virtuel s’estompe et le pilotage du système d’extermination s’apparente à celui d’un jeu vidéo.  
   L’usage excessif de l’Internet entraîne fréquemment une addiction semblable à celle que provoque une drogue ainsi que des troubles de la personnalité. Ceux qui passent des heures entières sur un ordinateur ou une console de jeu tendent à s’isoler et finissent par redouter les contacts réels. Une fréquentation excessive de personnages virtuels ou même de personnes réelles par écran interposé crée une forme d’inhibition sociale. Les cas de cyberdépendance sont bien documentés. Ils sont particulièrement répandus parmi les jeunes Japonais, où on a même créé des centres de désintoxication au Web. L’ordinateur favorise ainsi une attitude de fuite qui traduit parfois une véritable phobie sociale.
   L’Internet a induit un changement de culture qui n’est sans doute pas étranger à la vogue actuelle du concept d’empathie. L’universitaire italien Raffaele Simone évoque à ce sujet la nouvelle forme d’intelligence qu’implique le passage de la lecture à la vision et à l’écoute . Alors que l’écriture incitait la pensée à se structurer de manière séquentielle, l’usage de l’Internet implique la perception simultanée d’un ensemble d’informations visuelles et auditives. L’attention de l’internaute est captée par un phénomène de résonance vis à vis de l’information diffusée en temps réel, qui le fait réagir dans un sens immédiat d’empathie ou de rejet. Cette perception immédiate tend à se substituer à la construction intellectuelle que suscitait l’écriture. Pour être efficaces, les médias tendent à simplifier les messages qu’ils font passer et à les renforcer par des images qui suscitent la sympathie, la pitié ou l’horreur. La forme de perception directe que représente l’empathie est ainsi proche  de la réaction immédiate d’adoption ou de rejet, que favorise l’usage de l’Internet, aux dépens d’une mise en perspective et d’une réflexion en profondeur.

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